Anne-Sophie Chazaud, philosophe, essayiste et chroniqueuse, auteure de “Liberté d’inexpression” (L’Artilleur), était l’invitée d’André Bercoff, lundi 23 novembre, sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, “Bercoff dans tous ses états”. Ecoutez ici le podcast : .https://www.sudradio.fr/societe/anne-sophie-chazaud-on-assiste-a-un-festival-assez-grotesque-de-ce-que-pouvait-donner-la-censure/

Les Dix petits nègres, Autant en emporte le vent, ou encore Carmen, les revendications communautaires s’attaquent de jour en jour au patrimoine culturel. Des polémiques qui entraînent une diminution de la liberté d’expression, ce que dénonce Anne-Sophie Chazaud.

“Une privatisation de la censure”

“On a assisté ces dernières décennies à un festival assez grotesque de ce que pouvait donner la censure militante complètement hystérisée”, souligne la philosophe qui note “une très grosse accélération ces dernières années”. Un phénomène rendu possible “grâce à une privatisation de la censure”, considère-t-elle.

Si cette censure intervient par des militants, des associations privées, “c’est toujours grâce au pouvoir politique que ces minorités ont cette capacité immense à aller en justice”, remarque Anne-Sophie Chazaud, rappelant “qu’il ne faut jamais oublier que d’une façon ou d’une autre, le pouvoir politique a sa responsabilité”. Cette dépossession de la censure, qui selon une “mise en scène ne vient plus de l’État, néanmoins il a bien sa part quand même”.

 

“Il faut parler une certaine langue”

Des exemples quotidiens de la censure, notamment dans les sphères “culturelles, intellectuelles et universitaires”“C’est dans cette sphère-là que c’est le plus évident”, souligne la philosophe qui prend pour exemple la campagne contre le film Autant en emporte le vent, pour qu’il soit déprogrammé du Grand Rex, fin juin, ou encore le changement de nom du roman d’Agatha Christie, Dix petits nègres.

Mais si ces campagnes sont visibles du grand public, il existe un phénomène plus difficile à percevoir, “la question de l’auto-censure”. Dans ces milieux, “si vous voulez éviter que l’on vous traite de sexiste, de xénophobe, ou tout simplement pour être recruté et avoir le droit d’exister socialement, il faut parler une certaine langue”, témoigne Anne-Sophie Chazaud. Une censure qui est le cœur du problème parce que ça fait une bonne quarantaine d’années que ces milieux sont la fabrique de l’opinion”, déplore l’auteur.